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Avec la crise, les jeunes plébiscitent une TV publique sous haute pression

Des chiffres d’audience publiés par l’Union européenne de radio-télévision montrent qu’en ces temps de crise les médias de service public sont les plus prisés.

Les médias de service public vivent e même paradoxe que la presse. Alors que l’audience explose, les difficultés économiques se profilent. Au moment où nous publions ces chiffres très encourageants pour la SSR et la RTS, la seconde annonçait que quelque 600 employés seront placés sous le régime du chômage partiel en raison de la chute publicitaire et de l’annulation d’événements.

Au terme du houleux débat national sur l’initiative NO Billag, la SSR a obtenu la confiance des citoyens. Mais elle restait en observation. Et ces derniers mois la critique est remontée d’un cran sur fond de déménagement annoncé de la RTS de Genève à Lausanne. La crise du coronavirus apporte la confirmation de l’attachement des Suisses aux médias de service public. En temps de crise, les citoyens cherchent des valeurs sûres et de l’information crédible. Les chiffres de l’UER, l’Union européenne de radio-télévision basée à Genève et qui regroupe les télévisions de service public sont éloquents.

Le graphique ci-dessous montre que pour les parts de marché des télévisions publiques à l’heure du 19h30 ou 20h ont explosé partout en Europe dès que la crise sanitaire est devenue aiguë. Cela au détriment des autres télévisions. La RTS a augmenté ses parts de marché de 10 points (environ de 60 à 70%) se plaçant en deuxième position des journaux télévisés les plus populaires. Seule la TV publique islandaise fait mieux.

Chiffres/Graphique EBU

Plus surprenant, les jeunes reviennent se mettre devant le bon vieux poste à papa pour suivre les infos en début de soirée sur les TV publiques. En temps usuels, ils consomment bien davantage de télévision privée que leurs parents comme le montre le graphique. Mais quand l’attaque du coronavirus est montée en puissance début mars, ils ont zappé de façon massive sur les télévisions publiques. Du coup, ces dernières ont atteint des parts de marché auprès des jeunes presque équivalentes à celles des plus vieux. Il convient cependant de relativiser un peu cet engouement spectaculaire. Confinées au domicile familial, une partie des jeunes partage sans doute davantage la télévision du salon avec les parents.

Chiffres/graphique EBU

La ruée sur les sites web des radios et télévisions publiques est encore plus spectaculaire. Comme le montre le graphique ci-dessous,  le nombre de visiteurs uniques sur l’ensemble des medias publics européens passe, en comparaison annuelle pour cette même période, de quelque 9 millions de visiteurs uniques à 21 millions. Plus du double. Une ampleur qui rejoint celle de sites de presse privée en Suisse et à l’étranger. Cette augmentation générale est liée à une demande sans précédent pour l’information sur la crise sanitaire. 

Chiffres/graphique EBU

Mais là encore une mention particulière pour la RTS puisqu’elle a opéré la plus forte progression mesurée en pages vues/jour et qu’en termes de visites/jour, seule l’Espagne fait mieux.

Chiffres/graphique EBU

Cette très grande attractivité  des télévisions publiques nationales requièrent un peu de recul. Mais on peut, sans risque, y voir l’expression de deux phénomènes:

  1. La crise est globale mais l’impact qui préoccupe le plus les citoyens est national et local. Dans ces conditions aucune télévision étrangère ne peut régater. 
  2. Les médias publics sont le vecteur de prédilection pour les annonces de nouvelles vérifiées d’origine officielle. C’est un atout aussi longtemps que le service public garde un esprit critique et pose toutes les bonnes questions, même (et surtout) celles qui dérangent les autorités. L’information est un vecteur absolument clé pour combattre le coronavirus pour autant qu’elle soit totalement transparente et questionnée.

Courbe à suivre de près quand la crise se dissipera.

Pierre Ruetschi, Club suisse de la presse

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